L'optmisme

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L'optimisme, c'est croire que personne ne verra qu'on a utilisé le premier lien sur google pour une recherche.

L'optimisme, c'est chercher un restaurant après 10 h du soir dans une ville de Savoie comme Chambéry.

L'optimisme, c'est manger un légume violet et se dire que c'est aussi bon que des chips.

L'optimisme, c'est se lever le matin en se disant qu'il va faire beau alors qu'on vit dans le nord

L'optimisme, c'est ne pas pouvoir s'acheter de la viande et se dire que finalement les pâtes c'est bon.

L'optimisme, c'est vivre dans un 9m² et penser que ça fait moins à nettoyer.

L'optimisme, c'est avoir 2h30 de trajet par jour et se dire que ça fait du temps pour lire.




La mauvaise soirée

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      Quand je vis le photographe appuyer sur la détente, je compris à quel point je m'étais fait avoir. Yves m'avait garanti que ça serai une soirée peinarde rémunérée, avec des filles.
Si jamais je l'attrape à la fin du spectacle je crois que je vais lui faire manger ses dents. Il me laisse moisir comme un champignon déguisé en pseudo Batman à l'arrière plan. Je vais d'abord faire semblant d'avoir été amusé par la représentation, et puis une fois que je me serai suffisamment rapproché de lui, je lui mettrais un crochet que n'auraient pas dénié les plus grands lutteurs américains... Je vais lui fournir du vrai spectacle moi ! Non mais franchement, j'ai une tête à participer à un gala de danse ? C'est bien les filles, continuez à sautiller comme ça, faites juste attention a ne pas achever votre dernier neurone. J'avais heureusement de la chance, seule une petite troupe de sexagénaires était venue voir cette parodie de danse.
Yves, mon petit, j'espère franchement pour toi que tu courras vite, car ce costume hideux de chauve souris, je vais te le faire avaler frange par frange, paillette par paillette.
L'amitié a des limites que tu as largement franchi, et tu va payer la note, qui ne cesse de s’accroître au fil que ce gala de pacotille dure.
Faudra que j'attrape le photographe aussi, pour lui fracasser son appareil de malheur sur la tête.

Franchement, y'a vraiment des vendredis soirs où je ferais mieux de rester couché.

ZYB23

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La porte d'en face, celle qui donnait sur la place de la gare, s'ouvrit.
L'homme entra chez lui . Il accrocha son manteau. Il posa ses chaussures sur le sol. La journée avait été harassante. Entre le directeur qui voulait modifier les normes alimentaires de service et les stagiaires qui ne comprenaient pas pourquoi la directive 45 ne pouvait pas s'accorder avec le protocole ZYB23, il avait l'impression d’avoir passé huit heures au milieu de vampires débiles qui lui drainaient lentement ses capacités cérébrales.
Décidé à oublier supérieurs et stagiaires, il lança son ordinateur. La dernière fois, il avait laissé ces héros à la ville d'Iristoc. Il fallait maintenant les emmener jusqu’à la scène du meurtre de Tyris pour qu'il remonte la piste jusqu’à Isalin.
Après le léger vrombissement caractérisant la mise en marche, il relut ce qu'il avait pianoté la dernière fois.
"Allons vers les plaines d'Elsyks". Cette ultime phrase le paralysait. Il essayait de s'imaginer, flottant dans le monde d'obros, gouvernant ses personnages. Il les considérait comme ses enfants et l'homme sentait que son devoir était de leur donner vie.

"La directive 45 exclut le protocole ZYB23, car dans son essence même, l'alimentaire végétal doit être distingué en plusieurs sous parties, la B23 la B47bis et la B68."

La page restait vierge, impossible de visualiser autre chose que son vétuste ordinateur, que son bureau grisâtre, que son rapport à rendre sur la possibilité d’améliorer les normes alimentaires de services.

Il se mit à rêvasser,  il pensa à ses pauvres stagiaires qu'il terrorisait avec ses mimiques sévères, il pensa à ses collègues qui rentraient chez eux chaque jour répétant la même routine, avec le même costume, avec les mêmes gestes et il imagina ce qu'il se passerait si un jour ses personnages rencontraient son patron.

Il l'imagina avec son embonpoint, ses rides, ses attitudes fourbes et fausses, face à Jeho, son personnage principal.

Il imagina son personnage remettre à sa place ce gros sac qui lui pourrissait la vie.

Malgré sa page blanche, notre homme se sentait vivre. Il adorait l'écriture.

Il se tordit de rire.

Pourquoi lire des livres ?

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"Huîtres fouet huîtres ?"

En 1920, perdu dans une salle de classe de sa campagne natale, Théodore s'ennuie. 
1920 est une année magnifique, il n'y avait ni ordinateurs, ni téléphones, ni même la moindre once d'onde électronique pour corrompre l'esprit de nos petites têtes blondes. Les enfants allaient gaîment à l'école en pataugeant dans la boue pour entendre leur professeur, dans un français approximatif emprunt d'accent de patois, leur parler de mathématiques, de culture française et leur ouvrant des univers peuplés de légendes, de monstres et de mythes. 
Théodore rêvait à d'autres choses. Il n'était pas grand amateur de mathématiques ou d'Histoire, mais ce qu'il avait particulièrement adoré en CP c'est qu'on leur avait remis un premier livre. 
C'est fabuleux un livre, c'est  un écrivain avec une plume trempée d'encre qui avait essayé de mettre un univers, une histoire, des idées dans une seul petit livre. Quand le jeune garçon était arrivé pour se servir dans la grande caisse en bois sur le bureau du maître, il avait pris celui avait un dessin de marionnette, "Les Aventures de Pinocchio" et il en frissonnait encore. C'était une histoire phénoménale pleine de rebondissements que notre petit blond du fin fond de la France avait adoré. Tandis que le professeur maniait les chiffres comme un dresseur montrant des animaux monstrueux, Théodore rêvait à la petite marionnette de bois qui l'attendait sur son chevet
"Todore, huîtres fouet huîtres ? Vous m'écoutez ?"
Théodore leva la tête, et avec un sourire malicieux répondit 
"Je ne sais pas monsieur, j'ai trop peur de me tromper"
Il n'avait strictement aucune idée de quoi parlait l'adulte sévère qui l'avait interrogé, trop pris dans ses rêveries.
" huîtres fouet huîtres. 64, vous m'coutez j'ne homme ?"
"- Oui bien sur monsieur"

Et il sentait son nez le picoter. Déjà dès son jeune âge le petit Théodore était pris au visage par son imagination et tout ça grâce à un inconnu qui des millénaires avant lui avait voulu compter ses chèvres. 
C'est la magie de la lecture.



Lettre à la langue française

Chère langue française


                Faisant suite aux nombreuses remarques auxquelles j’ai eu droit vous concernant, je vous écris aujourd’hui pour me plaindre de tous les maux dont vous m’accablez à votre insu quotidiennement.  Jusqu'à aujourd’hui, vous m’avez certes très bien servi et je ne saurais me passer de vous pour exprimer mes idées, tant les nombreuses nuances qu’offrent chacun de vos mots permettent d’avoir un panel complet pour servir mes besoins de communications. Parmi les autres langues je n’ai d’ailleurs pas su, je vous l’avoue, vous trouver un substitut vous arrivant ne serait-ce qu’à la cheville.
                Cependant, si je me plains aujourd’hui, c’est que je suis exaspéré par la véhémence de vos défenseurs. Toujours prêt à surgir pour faire la peau du malheureux qui aura eu l’outrecuidance de faire un faux pas sur le sentier ardu que vous présentez.
Par pitié vous qui êtes mon amie fidèle depuis si longtemps, restez accessible au novice que je suis.

Je reste votre éternel serviteur

Matthieu